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La volonté du Père a décidé que je ne serais pus près de Jésus durant son agonie intérieure au jardin de Gethsémani, pour que l’absence de la Mère rende son abandon encore plus total.
«Si c’est possible, que s’écarte de moi ce calice». Mais dans mon âme durant cette nuit, je suis restée sans cesse à côté de mon Fils.
Par la prière et la souffrance, j’ai vraiment participé à toute son agonie pour lui donner aide et réconfort, unissant mon «OUI» au sien: «Père, non pas la mienne, mais que ta volonté soit faite». Et lorsque du ciel l’Ange lui fut envoyé pour le réconforter, il passa aussi chez moi pour que je dépose dans son calice tout l’amour de mon Coeur maternel.

Aujourd’hui, ma place est ici: à côté de mon Fils qui meurt.
La reilcontre a lieu sur le chemin du calvaire, après que Jésus a été trahi, renié et abandonné par les siens. Des douze, un seul est resté, que je tiens par la main pour l’affermir et lui donner la force de rester avec nous. Le corps de Jésus porte les marques de la flagellation et les épines voilent de sang ses yeux.
C’est ici que je rencontre mon Fils~ je suis à ses côtés pour l’aider ii. mourir. Jc sens les clous qui pénètrent sa chair, le dechirement du corps suspendu à la Croix, sa respiration haletante, j’entends sa voix qui s’éteint dans des paroles de prière et de pardon, et j’ai l’impression de mourir.
Mais je suis vivante sous la Croix, le Coeur transpercé et l’âme blessée, encore vivante par miracle, parce qu’en tant que Maman, je dois aider mon Fils à mourir.
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Personne ne comprendra jamais le mystère secret de ces moments.

Aujourd’hui, ma place est ici: à côté de mon Fils enseveli.
A présent la douleur éclate comme la crue d’un fleuve qui a rompu toutes les digues. Mes larmes baignent son visage, mes plaintes bercent son corps et, de mes mains, je referme les profondes blessures, tandis que mon Coeur Immaculé devient son premier tombeau.
Et puis, lorsque la nuit voile toutes choses, pour la Maman commence la veille; je suis ici recueillie dans la foi qui ne m’a jamais abandonnée, dans l’espérance qui m’illumine tout entière, dans la prière qui devient continuelle, incessante comme pour marquer l’écoulement d’un temps qui pour moi ne comporte plus ni nuit ni jour.
La grande prière de la Mère pénètre le ciel et est accueillie par le Père qui, pour abréger ma douloureuse attente, anticipe le moment de la résurrection du Fils.
Ma place est ici: à côté de in on Fils ressuscité.
Quand Jésus vient à moi dans la lumière de son corps glorieux, qu’il m’accueille dans ses bras divins et se penche pour baiser les blessures de ma grande douleur, je comprends que pour lui ma mission est achevée.
Commence alors ma mission maternelle à votre égard, pour l’Eglise qui est née de sa grande douleur et de la mienne.

Aujourd’hui, ma place est encore ici: à côté de tous mes fils.
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